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VIRGINIE MOLY

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Virginie est lauréate de l’appel à projets Mode et Design. On se retrouve un jeudi après-midi dans le patio de l’Hôtel Grands Boulevards. Je remarque son mini trait d’eye-liner turquoise et son haut en dégradé de couleurs qu’on devine, dans un second temps, en dentelle. J’aurais pu ne rien faire de ces détails mais en découvrant l’univers créatif de Virginie, je me dis qu’ils en sont le parfait prolongement.

Pour quel projet as-tu remporté l’appel à projets Mode et Design ?

Je mène un projet de recherche autour de la passementerie pour en proposer une forme plus contemporaine à intégrer dans l’univers du design ou dans l’art contemporaine. Je crée aussi de petites machines mécaniques pour pouvoir réaliser les passementeries et qui me permettent d’utiliser des fils très divers. Je récupère toutes les matières qui présentent des caractéristiques intéressantes, comme les filets des marchés, (…) ce qu’il reste de cuirs coupés à l’emporte pièce, le caoutchouc de chambres à air, les matières issues des tests de contrôle qualité (ou toutes les chutes de tissus d’artisans ou d’artisans.) De cette récolte je commence un gros travail d’ennoblissement de matières. Je ne crée pas à partir de neuf mais à partir de rebus que je transforme.

Virginie me montre son book et son compte Instagram (moli_land) : cordes tressées qui viennent s’ajouter à de la tapisserie, sculptures de tissus torsadés, mosaïques de cuir, broderies sur ruban. Le travail de Virginie est incroyable et donne envie de passer la main à travers l’écran pour toucher ses matières métamorphosées.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de postuler à l’appel à projets Wise Women ?

Déjà parce que c’est un réseau de femmes, ce qui fait sens avec ma démarche de valoriser des arts plutôt tenus par les femmes. Et j’avais envie d’intégrer ce cercle associatif pour me sentir accompagnée et comprise dans ma démarche

Et qu’en attends-tu ?

J’ai besoin de conseils pour créer de la visibilité autour de mes créations. J’ai postulé pour avoir du soutien sur la façon de communiquer dessus. J’ai commencé mon mentoring et grâce à des premiers rendez-vous avec Sophie Mainier et Isabelle Moisy, je me suis sentie comprise et déjà aidée sur la façon de montrer mon travail et de me positionner en tant que créatrice.

Comment en as-tu parlé de Wise Women ?

Je suivais déjà le compte Instagram de Wise Women quand j’ai vu passer à l’appel à projets.

Ton parcours avant d’en arriver là ?

Après le bac je commence une année préparatoire au lycée Paul Poiret et je me souviens particulièrement de l’exercice suivant : on vous donne une ramette de papier machine et on vous demande de développer un inventaire de matières, sans ajouts, pas de feutres, rien. Par cette approche on abordait les questions de l’abstraction, de la couleur, des textures, du relief (tout ce que j’aime), et puis je me rappelle m’être dit que je ferai de la tactilité mais en architecture, -des architextures-.. et finalement j’ai postulé au concours d’entrée aux ateliers de design textile de La Cambre, où j’y ai étudié 5 ans.

J’ai appris les techniques de tissage sur métier manuels et semi-industriel, les techniques d’ennoblissement et j’y ai découvert un principe fondamental, celui de la torsion, indispensable à la fabrication d’un fils. Au cours de cet apprentissage j’ai développé une approche sculpturale au service de la matière et des symboles qu’elle incarne.
A la sortie de l’école je poursuis mon projet de diplôme dont le leit-motiv est de rendre visible le mouvement des corps par l’objet textile. J’entame alors une série de résidences chorégraphiques avec le soutien Workspacebrussels.

Puis suite à des premières expositions collectives, j’expose une série intitulée « reliques d’une chambre à air », à la suite de laquelle on me commande une relique, mais en cuir. C’est comme ça que j’ai basculé dans le cuir. J’ai d’abord étudié les techniques de maroquinerie et de gainerie dans les bouquins et j’ai appris à cerner les subtilités du haut de gamme auprès d’artisan-selliers. Et à force d’observations, de faire et de défaire j’ai développé une technique de cuir plissés que j’utilise dans mes créations actuelles.

Les trois femmes que tu aimerais ou aurais aimé rencontrées ?

Julie Crenn : critique d'art et commissaire d'exposition indépendante
Madame Pouzieux, une vieille dame que j’ai découverte dans un documentaire. Dans sa ferme et sur des métiers très anciens, elle faisait tous les galons pour la Haute Couture Chanel.
Et rien à voir : Mylène Farmer pour sa manière d’être femme et de se raconter.

Tes trois coups de cœur artistiques récents que tu voudrais partager avec les Wise Women ?

• La Fondation Villa Datris 
• Coup de coeur for ever Bibliothèque Forney, (c'est ici que tout à commencer et que tout continue! c'est mon meilleur outils de travail), ils ont aussi un espace d'exposition et organisent des journées où tu peux venir découvrir leur collection personnelle selon la thématique du moment proposé
• Louise Lengagne créatrice de Nuance chapeaux Paris, chapelière modiste qui travaille à partir de rébus industriels 

Je coupe l’enregistrement mais la discussion continue un bon moment sur l’art textile. On évoque Simone Pheulpin, Billie Zangewa et tant d’autres…

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